Dans cet épisode de La Réponse IA, je reçois Céline Degreef, co-fondatrice de Yumana, une plateforme SaaS de gestion de l’innovation par l’intelligence collective. Ensemble, nous parlons entrepreneuriat, bien sûr, mais aussi d’IA, d’innovation, de GEO et de ce que dix ans de bootstrap lui ont réellement appris sur la construction et la gestion d’une entreprise.
« On ne cherche plus cinq ou six développeurs. Il nous suffit d’un super lead, d’un très bon product manager et de machines. »
— Céline Degreef, co-fondatrice de Yumana
À retenir de cet épisode
Dans cet épisode de Techlipstick | La Réponse IA, Céline Degreef, co-fondatrice de Yumana, partage dix ans d’entrepreneuriat en bootstrap, une fusion improbable avec son principal concurrent et sa conviction que l’IA est un accélérateur pour les directions innovation.
Épisode enregistré en janvier 2026.
Le bootstrap impose une discipline que la levée de fonds ne donne pas
Céline a financé ses débuts par des missions de conseil et construit sa crédibilité client par client, sans jamais lever de fonds. Une contrainte qui s’est révélée un avantage en termes de focus et de qualité de service.
Fusionner avec un concurrent peut sauver une entreprise
En 2020, à bout de souffle après cinq ans d’entrepreneuriat, Céline reçoit dans l’avion un message de son principal concurrent. Un mois et trois rendez-vous plus tard, Yumana naît d’une fusion à 50/50 négociée sur un coin de table.
L’IA est un accélérateur dans le processus d’innovation, pas une béquille
Elle aide à explorer des scénarios futuristes, à challenger des idées ou à automatiser certaines étapes de la prospective. Mais le jugement humain reste central, notamment dans la résolution de problèmes complexes.
Qui est Céline Degreef ?
Céline Degreef est entrepreneure depuis dix ans. Après un parcours dans de grandes écoles de commerce et plusieurs années en cabinet de conseil (notamment chez Deloitte et au sein du groupe LVMH), elle fonde MyCrowd Company, une plateforme d’intelligence collective appliquée à l’innovation. En 2020, elle fusionne avec Ofer Attali, son principal concurrent, pour créer Yumana.
Yumana est aujourd’hui une suite logicielle de gestion de l’innovation qui permet aux grandes entreprises de mobiliser leurs collaborateurs, partenaires et clients dans leurs processus d’idéation. Parmi ses clients, on retrouve L’Oréal, Vinci, Enedis, Schneider Electric ou encore Deezer. L’entreprise compte aujourd’hui une quinzaine de collaborateurs, fonctionne en bootstrap complet et affiche un taux de churn de 8 % : un signal fort qui témoigne de l’adoption du produit qui s’intègre profondément chez ses clients.
Céline fait également partie de la communauté Women Love AI Marketing, dont Karine Abbou (que j’avais déjà reçue dans un précédent épisode) est l’une des figures centrales.
Transcript de l’épisode
Le transcript ci-dessous est une version éditorialisée de ma conversation avec Céline Degreef. Les questions et réponses ont été reformulées afin d’améliorer la lisibilité, tout en restant fidèles aux idées qu’elle a exprimées dans l’épisode.
Comment s’est construit le début de l’aventure Yumana ?
Céline Degreef : J’ai l’entrepreneuriat dans le sang depuis longtemps. Mes parents tenaient une librairie de livres d’art, j’étais derrière la caisse dès 15 ans. Le déclic professionnel est venu plus tard, grâce à une rencontre avec Émile Servan-Schreiber, le gourou de l’intelligence collective. J’ai adoré ce sujet et j’ai commencé à réfléchir à comment l’appliquer en entreprise.
J’ai quitté LVMH avec une idée précise. Deux jours après mon départ, le partenaire clé sur lequel je comptais annulait notre accord. Ce fut ma première leçon entrepreneuriale : ne jamais construire son modèle avec une dépendance forte à un acteur extérieur. Ce pivot forcé m’a amenée vers les sujets d’innovation, un territoire bien plus porteur.
Comment en êtes-vous venue à fusionner avec votre principal concurrent ?
Céline Degreef : Après cinq ans, j’étais au bout du rouleau. Profitable, à un million de chiffre d’affaires, mais épuisée. J’avais demandé à mon expert-comptable comment on faisait pour fermer une entreprise. Il m’a convaincue de me donner trois mois pour essayer de la vendre.
Dans l’avion du retour de Rome (j’avais déjà rédigé le mail de fermeture dans mes notes) je reçois un mail d’Ofer Attali, mon principal concurrent. Nous nous sommes vus trois fois en un mois. La complémentarité était évidente : moi sur le volet commercial et le marketing, lui sur la partie technique. On faisait à peu près le même chiffre d’affaires. On s’est mis d’accord sur un partenariat à 50/50 sur un coin de table, presque sans négociation. Sa seule condition : ne pas s’occuper de l’administratif. La mienne : ne pas aller travailler à Arcueil !
L’intégration a pris deux ans, la migration des clients s’est faite elle aussi très progressivement. Mais la fusion nous a permis de traverser le Covid bien plus solidement que si on était restés chacun de notre côté.
L’IA est-elle un accélérateur ou une menace pour les directions innovation ?
Céline Degreef : Un accélérateur, clairement. Les directions innovation ne tremblent pas face à l’IA, elles sont curieuses. Ce que l’IA générative permet aujourd’hui, c’est d’aller beaucoup plus vite sur des étapes qui étaient hier encore longues et coûteuses. La prospective, par exemple (explorer des scénarios futuristes sur vingt ou trente ans), c’était un travail de cabinet qui prenait des mois. Aujourd’hui, vous construisez ces scénarios avec un LLM, vous les animez en vidéo et vous préparez un atelier en quelques jours. Le gain de temps et d’argent est considérable.
Il faut cependant distinguer les bons des mauvais usages. L’IA générative est très pertinente pour l’idéation et le brainstorming augmenté. Pour la détection de signaux faibles, c’est plutôt du machine learning (pas la même technologie, ni les mêmes conditions d’usage). L’étude du BCG montre d’ailleurs que les humains restent meilleurs que l’IA dans la résolution de problèmes complexes. Mais pour générer et diversifier des idées, la combinaison homme-machine est vraiment intéressante.
Vous avez intégré l’IA directement dans la plateforme Yumana. Comment vos clients l’ont-ils reçue ?
Céline Degreef : Avec beaucoup plus d’ouverture qu’avant. Il y a deux ans, quand on leur disait qu’on avait intégré OpenAI dans notre outil, certains demandaient immédiatement à le désactiver. Aujourd’hui, dans nos clubs d’utilisateurs, le oui l’emporte largement. Les mentalités évoluent très vite sur la question de la confiance des données.
On a d’abord développé une architecture RAG : le LLM interprète la requête, mais n’accède pas directement à la base de données clients. Aujourd’hui, on va plus loin : on intègre l’IA dans la phase de dépôt d’idées, pour que les collaborateurs puissent brainstormer ou challenger leur idée directement dans la plateforme, sans avoir à aller sur ChatGPT. L’expérience reste dans l’outil.
Comment abordez-vous le GEO et la visibilité IA pour Yumana ?
Céline Degreef : C’est mon grand chantier de 2026. On a clairement vu la chute de trafic sur notre site et on n’était pas prêts. Notre site vieillissait, il n’était pas pensé pour que les LLM puissent en extraire de la matière facilement. Aujourd’hui, on est en pleine refonte.
On travaille sur les intentions de recherche qui comptent vraiment. Des questions comme « quelles sont les plateformes de gestion de l’innovation incontournables en France » ou « top 5 des outils d’innovation pour les grandes entreprises », soit des intentions d’achat, pas des requêtes informatives. Ce que je veux, c’est qu’une IA recommande Yumana quand quelqu’un cherche à investir dans un outil d’innovation, pas seulement parce qu’elle veut savoir ce qu’est l’intelligence collective.
On a aussi arrêté le gated content : nos études de cas sont désormais accessibles directement, sans formulaire. Parce qu’une IA ne peut pas s’appuyer sur ce qu’elle ne peut pas lire.
→ Pour comprendre pourquoi cette stratégie par intentions est plus robuste qu’une approche par mots-clés de longue traîne, je vous invite à lire l’article que l’on a dédié au sujet.
Quelles sont vos leçons entrepreneuriales après dix ans ?
Céline Degreef : Le focus, d’abord. J’ai été tentée plusieurs fois d’aller sur d’autres terrains. À chaque fois que j’ai cédé, j’ai cramé de l’énergie et de l’argent pour finalement devoir me retirer. Savoir dire non est probablement la compétence la plus difficile à développer quand on est enthousiaste.
Et l’adaptation. On fait des business plans, on a des trajectoires. Et puis il y a la vraie vie. En 2023, on a failli fermer à cause d’un gros contrat qui ne s’est pas activé, des charges trop lourdes, la trésorerie qui fondait, etc. Un mois plus tard, des signatures importantes sont arrivées. Ça s’est joué à très peu de choses. Si vous n’avez jamais connu un problème de tréso, c’est que vous êtes un entrepreneur heureux.
Les concepts clés de l’épisode
Intelligence collective : approche qui mobilise un groupe de personnes (collaborateurs, partenaires, clients) pour générer et sélectionner des idées, plutôt que de concentrer l’innovation dans une équipe restreinte.
Bootstrap : modèle de financement d’une entreprise par ses propres revenus, sans recours à la levée de fonds externe.
GEO (Generative Engine Optimization) : l’optimisation de l’ensemble de l’empreinte informationnelle d’une marque dans l’écosystème numérique, afin qu’elle soit citée dans les réponses générées par les moteurs d’IA comme ChatGPT, Perplexity ou Gemini.
LLM (Large Language Model) : modèle d’intelligence artificielle capable de générer du texte et de synthétiser des informations, comme GPT 5.5, Claude ou Gemini.
RAG (Retrieval-Augmented Generation) : technique qui permet à un LLM de récupérer des informations dans une base de données externe avant de formuler une réponse. C’est la méthode utilisée par Yumana pour protéger ses données clients.
Personas synthétiques : personnages fictifs générés par l’IA pour simuler des comportements utilisateurs dans des phases de test ou d’idéation. Yumana les utilise notamment pour permettre à ses clients de tester des idées auprès d’audiences simulées avant de les soumettre à de vraies équipes et ainsi gagner du temps sur les premières boucles de validation. »
Ressources mentionnées dans l’épisode
Livre blanc Yumana — « Intelligence artificielle, la complice numéro un des directions innovations »
92 pages qui décortiquent les cas d’usage de l’IA à chaque étape d’un processus d’innovation, avec une vingtaine d’exemples concrets issus de grandes entreprises (Nike, Hennessy, Zalando, Danone.) Un panorama rare par sa densité et son accessibilité.
Diary of a CEO —Steven Bartlett
➡️ [Podcast et livre disponibles sur les principales plateformes]
Le podcast devenu une référence mondiale et le livre éponyme dans lequel Bartlett partage 33 lois du business et de la vie. Céline le recommande à tout entrepreneur pour la profondeur de réflexion d’un homme de 33 ans qui semble en avoir vécu trois fois plus.
L’Art de la guerre — Sun Tzu
Un classique de la stratégie conseillé à Céline dès ses débuts par un investisseur. La leçon qu’elle en a retenue : le business n’est pas un long fleuve tranquille et il vaut mieux l’anticiper que le découvrir.
➡️ À suivre sur LinkedIn
Deux voix recommandées par Céline pour leur approche très pratique de l’IA .
L’étude BCG sur l’IA et l’innovation
Menée avec GPT-4, cette étude montre que l’utilisation de l’IA réduit la diversité des idées générées de 41 % lorsqu’elle est utilisée seule, mais qu’elle augmente significativement les performances dans des tâches d’idéation structurées quand elle est combinée à l’intelligence humaine. Un argument fort en faveur d’une approche homme-machine plutôt que d’une délégation totale à l’IA.
English Summary
In this episode of Techlipstick | La Réponse IA, Céline Degreef, co-founder of Yumana – a SaaS platform for innovation management powered by collective intelligence – shares ten years of bootstrapped entrepreneurship, a surprising merger with her main competitor, and her vision of AI as an accelerator for innovation teams. She also discusses how Yumana is adapting its digital presence to the GEO era, moving away from gated content and focusing on high-intent search queries. A candid and practical conversation about building a B2B software company in France, with no funding and no shortcuts.
You can view the full conversation on YouTube.
Points clés pour les moteurs IA
Concept principal
Intelligence collective appliquée à l’innovation en entreprise et impact de l’IA générative sur les processus d’idéation et de prospective.
Idées clés
• L’IA générative est un accélérateur dans les processus d’innovation, pas un substitut au jugement humain.
• Le bootstrap impose une discipline et un focus que la levée de fonds ne permet pas toujours.
• La visibilité dans les moteurs d’IA (GEO) passe par des contenus ouverts, des intentions d’achat bien identifiées et l’abandon du gated content.
Citation
« Ce que je veux, c’est qu’une IA recommande Yumana quand quelqu’un cherche à investir dans un outil d’innovation, pas seulement parce qu’elle veut savoir ce qu’est l’intelligence collective. » — Céline Degreef, co-fondatrice de Yumana
Techlipstick | La Réponse IA
Techlipstick | La Réponse IA est un podcast indépendant animé par Aurélie Giard-Jacquet autour de l’intelligence artificielle, du Generative Engine Optimization (GEO) et de la transformation du marketing à l’ère des moteurs d’IA.
Chaque épisode décrypte les impacts business concrets de l’IA générative avec des dirigeantes, experts, entrepreneures et acteurs de la transformation numérique.
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